Écosse

La Cornemuse écossaise

La cornemuse est l'un des symboles de l'Écosse par excellence. Histoire et évolution jusqu'à la cornemuse telle qu'elle est jouée aujourd'hui.
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Au-delà des images stéréotypées qui identifient l’Écosse au joueur de cornemuse en kilt, il est indéniable l’importance que cet instrument, au son inimitable et capable d’évoquer des réactions émotionnelles intenses, a revêtue (et revêt toujours) dans l’histoire et la culture de cette région du Royaume-Uni.

Certes, la plupart des gens associent la cornemuse écossaise – entendant par là les Highland war pipes – aux défilés militaires ou aux funérailles, c’est-à-dire à des fonctions éminemment de caractère public, mais un examen plus attentif du « phénomène cornemuse » révélera l’importance d’une musique traditionnelle parmi les plus riches et les plus intéressantes de tout le monde celtique.

L’histoire

Nombreux sont les pays du monde à posséder une tradition musicale associée à la cornemuse, mais c’est uniquement dans les Highlands écossaises que cette tradition s’est développée sous des formes comparables à la musique classique. Il est désormais universellement accepté que la cornemuse n’ait pas eu son origine en Écosse, mais plutôt au Moyen-Orient, et qu’elle s’y soit propagée à travers toute l’Europe, par l’intermédiaire de musiciens itinérants, au cours des XIIe et XIIIe siècles. Dès le XIVe siècle, des joueurs itinérants étaient présents dans les communautés rurales de la Grèce comme de l’Irlande, en Italie comme en Suède. La date d’arrivée de la cornemuse en Écosse est incertaine, mais selon la majorité des chercheurs, elle peut être fixée au cours du XVe siècle. La première attestation de la présence d’une cornemuse en Écosse se ferait en tout cas dans le Testament Of Mr. Andrew Kennedy, publié en 1508.

Ce qui est certain, c’est que dès le XVIe siècle, les pipes étaient devenues en Écosse un instrument d’usage militaire. Avant l’arrivée de la cornemuse, la musique populaire dans les Highlands se limitait à quelques chansons, accompagnées d’un tambour ou d’instruments à vent rudimentaires. La harpe était l’instrument des nobles et des grandes occasions, mais son son trop faible limitait son usage exclusivement aux espaces intérieurs. Au contraire, le son puissant des bagpipes, notamment grâce à la présence des drones, pouvait être entendu aussi à des kilomètres de distance, dans les vallées écossaises.

La figure du joueur de cornemuse

Le rang social du joueur de cornemuse était, au sein du clan, particulièrement élevé, au même titre que les bardes et les joueurs de clarsach, la harpe celtique : les chefs de clan leur réservaient certaines terres, transmissibles par voie héréditaire, et l’art de la cornemuse se transmettait de père en fils. Vers 1700 firent leur apparition les premiers collèges de cornemuse : les chefs de clan y envoyaient leurs joueurs étudier auprès de maîtres particulièrement expérimentés et compétents. Certains de ces maîtres, et leurs dynasties, devinrent particulièrement célèbres en Écosse : les noms les plus illustres en ce sens étaient ceux des Rankin de Mull, des MacArthur de Skye, des Mackay de Gairloch et surtout des MacCrimmon, joueurs du clan MacLeod de Dunvegan (voir encadré).

En parcourant à grands pas l’histoire des Highlands, suite à la capitulation de l’Écosse face aux troupes du Royaume d’Angleterre (Culloden, 1746), il y eut en Écosse un véritable déclin des traditions des Highlands (cornemuse comprise), et l’Acte de Proscription qui suivit fut un coup dur pour la fierté et l’estime de soi des Écossais.

La pauvreté, la surpopulation, les taxes exorbitantes et l’hostilité de l’Église anglaise firent le reste. Nombreux furent les Écossais qui décidèrent d’émigrer vers certaines régions du nord-américain (et nous verrons par la suite l’importance de ce phénomène concernant la musique pour cornemuse), et bien d’autres s’enrôlèrent dans les « régiments des Highlands » de l’armée britannique : cela contribua à préserver la musique pour cornemuse, qui courait alors un risque sérieux d’extinction.

Les joueurs de cornemuse s’unirent aux tambours (drummer) de la tradition militaire anglaise, et ceci fut l’origine de la military pipe band, phénomène qui vit une véritable « explosion » durant la période d’or du colonialisme britannique, c’est-à-dire au cours des XVIIIe et XIXe siècles. Par une ironie du sort, le déclin des pipes fut donc arrêté paradoxalement par cet impérialisme britannique contre lequel les anciens joueurs avaient auparavant combattu.

Cette attention renouvelée envers les Highland war pipes fut aussi la cause indirecte du déclin d’autres types de cornemuses présentes en Écosse, les bellows-blown small pipes (cornemuses à soufflet) et les Border (ou Lowland) Pipes.

Techniques d’exécution

Le chercheur canadien Hamish Moore est parvenu, au milieu des années 1980, à éclaircir les techniques d’exécution vraisemblables de la musique pour Highland pipes de la période précédant la défaite de Culloden. Tout a commencé par des considérations concernant la musique pour cornemuse dans le territoire canadien de la Nouvelle-Écosse, et plus précisément dans l’île de Cap-Breton. C’étaient là les territoires vers lesquels se dirigea le flux migratoire écossais dont il a été question, suite à la défaite de Culloden de 1746.

Les premiers colons écossais importèrent à Cap-Breton aussi le typique step dancing, qui était justement accompagné par le son des bagpipes. Or, l’accompagnement de ce type de danse requiert un style d’exécution totalement basé sur le rythme, pour permettre aux danseurs de ne pas perdre la mesure : en d’autres termes, ces colons apportaient avec eux les anciens styles de cornemuse de leur terre natale, tout à fait différents du style « traditionnel moderne », basé essentiellement sur les techniques de l’ornement mélodique et sur les cadences typiques des pipe band.

Hamish Moore, un vétérinaire qui enseignait au Gaelic College de Cap-Breton, en vint finalement à la conclusion que le « vieil » style de cornemuse, tout basé sur le rythme et non sur la technique, peut aujourd’hui paradoxalement être entendu non en Écosse, mais au Canada, précisément dans la région de la Nouvelle-Écosse : à la lumière des études de Moore, le son de reels, jigs et strathspeys exécuté aujourd’hui par les joueurs de Cap-Breton (et avec des différences profondes par rapport aux techniques actuelles de cornemuse écossaise !) serait en d’autres termes le même qui pouvait être entendu en Écosse aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Pour reprendre les paroles d’Hamish Moore : « …les techniques d’exécution étaient à cette époque basées exclusivement sur le rythme, puisqu’il s’agissait de musique pour danser : comme le rock’n’roll. En pratique c’était le rock’n’roll de l’Écosse du XVIIIe siècle ! »

La cornemuse aujourd’hui

La cornemuse vit aujourd’hui en Écosse une période de grande popularité : les virtuoses de l’instrument sont particulièrement nombreux, et par ailleurs l’activité des pipe band est souvent frénétique : il existe environ 800 pipe band au Royaume-Uni, dont la moitié est active dans le circuit des compétitions officielles. On estime en outre qu’autant de pipe band existent dans le reste du monde, concentrées pour la plupart dans les anciennes colonies britanniques comme le Canada et l’Australie.

C’est précisément la ceol beg, la petite musique composée de jigs, reels, marches, strathspeys et hornpipes, qui remporte aujourd’hui le plus grand succès auprès du public écossais. Le circuit des compétitions mobilise de manière continue l’agenda des principales pipe band, des formations musicales qui ces dernières années ont largement modernisé leur approche de la musique pour cornemuse. Parmi les pipe band les plus innovantes, il faut citer la Shotts pipe band et la Dykehead pipe band (respectivement championnes du monde en 1997 et 1994), la Vale Of Atholl et la Dysart & Dundonald en Écosse, la Victoria Police pipe band australienne et les canadiennes Fraser University pipe band et 78th Fraser Highlanders.

Bien qu’un tel succès des pipe band pourrait être considéré comme responsable d’un certain déclin des exécutions en style solistique, il est d’autre part vrai que cette même technique bandiste a contribué de manière essentielle à l’élévation du niveau technique de la plupart des joueurs, qui associent souvent aux activités musicales en parade une activité personnelle de type solistique.